Commentaire de la Philosophie du droit, Chapitre 2
Trois dimensions de la liberté
Qui veut lire aujourd’hui le concept hégélien de liberté doit garder présente une distinction qui est implicitement contenue dans le texte de Hegel, sans y être élaborée, et qui reste indispensable pour la confrontation avec Marx.
La liberté négative — liberté de : absence de contrainte. Que personne n’intervienne arbitrairement dans ma vie. C’est la dimension que le libéralisme place au centre ; le droit abstrait la traite en premier.
La liberté positive — liberté pour : possibilités réelles de réalisation de soi. Éducation, santé, bases matérielles. Qui est libre juridiquement mais ne peut pas lire, ou qui a faim ou est malade, n’est pas réellement libre. Cette dimension devient thématique dans l’éthicité et c’est le point où Marx intervient : la liberté formelle de la personne n’est pas fausse, mais elle devient vide si ses conditions matérielles manquent.
La liberté collective — liberté avec : la co-détermination des conditions dans lesquelles on vit. L’autolégislation. C’est le noyau démocratique que Hegel cherche à penser dans l’État.
Ces trois dimensions ne sont pas des alternatives, ni des étapes d’une succession où l’une relèverait l’autre, mais des moments d’un concept de liberté qui ne deviennent réels que dans leur médiation réciproque. Qui en oppose une aux autres les manque toutes. Le libéralisme fait de la liberté négative la liberté tout entière ; une philosophie sociale qui ne mise que sur la positive perd le moment de l’autolégislation ; un simple républicanisme méconnaît que l’autolégislation collective sans conditions matérielles reste une fiction. Hegel veut penser les trois dans leur cohésion — et c’est précisément ce qui rend sa philosophie du droit encore intéressante aujourd’hui. Dans le cours de l’analyse qui suit, ces moments apparaîtront chacun de manière différente : le droit abstrait articule surtout la liberté négative, l’éthicité la liberté positive, l’État la liberté collective. Mais aucun de ces moments ne disparaît aux degrés suivants ; tous trois sont présents dans la déterminité complète de la volonté libre.