Commentaire de l'Esprit subjectif, Chapitre 24

Pourquoi l’esprit pratique préfigure la moralité

Les thèmes de cette section reviennent dans l’esprit objectif, et non par hasard : le dessein (Vorsatz), l’intention, le bien-être, le bien — l’articulation de la moralité dans la Philosophie du droit — traitent le même objet que l’esprit pratique : la volonté de l’individu.

La raison en tient à l’architecture de l’esprit objectif. Le droit abstrait pose le cadre de la coexistence de volontés différentes — propriété, contrat, tort (Unrecht) — et fait abstraction ce faisant de l’intériorité. L’éthicité (Sittlichkeit) traite la volonté telle qu’elle est organisée dans des institutions — famille, société civile, État. Entre les deux se tient la moralité, et elle a exactement l’objet de la psychologie : la volonté individuelle, telle qu’elle se rapporte à ce qu’elle veut.

La différence est celle de la position. L’esprit pratique développe la manière dont la volonté en vient tout simplement à un contenu — de la simple sensation, en passant par les impulsions, jusqu’au choix. La moralité le présuppose et demande comment ce qui est voulu se rapporte à ce qui advient : qu’ai-je résolu de faire, qu’ai-je eu l’intention de faire, qu’en est-il résulté ?

Le volume consacré à la philosophie du droit développe le passage à partir du tort : dans le crime, une volonté singulière s’oppose à la volonté universelle, et en ce que la peine supprime cette opposition, la volonté est posée comme étant pour soi (§§ 104-105). C’est là une dérivation autre que celle-ci — là, à partir de la violation du droit ; ici, à partir de l’échec du bonheur.

Les deux mènent au même point, et ce n’est pas une défaillance, mais l’entrelacement même que Hegel a en vue : le même objet est atteint de deux côtés — depuis l’esprit subjectif, comme formation de la volonté ; depuis l’esprit objectif, comme sa position entre le droit et l’éthicité. [KF]

Cf. [[hegel-recht]] (optionnel), partie IV.