Kommentar zu Hegel und Marx, Chapitre 14
Le point de départ par la marchandise
Lorsque paraît en 1867 le premier livre du Capital, Marx y travaille depuis vingt ans. L’ouvrage a une double nature, que ses premiers lecteurs remarquèrent déjà. Il est plein de détails historiques, de données statistiques et de rapports d’inspecteurs de fabriques — et il suit en même temps un exposé qui progresse de la détermination la plus simple à la plus composée, sans que l’ordre des chapitres corresponde à l’ordre des événements historiques.
Cette double nature est le lieu où se joue la question de ce livre. Qui prend la polémique des préfaces pour la méthode voit un empiriste qui retombe parfois dans un langage dialectique. Qui regarde l’exposé voit autre chose.
Marx ne commence pas par des observations sur les marchés ou les fabriques, mais par une phrase qui contient déjà une critique : « La richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode de production capitaliste s’annonce comme une « immense accumulation de marchandises », la marchandise singulière comme sa forme élémentaire » (MEW 23, 49).
À cette phrase tient plus que ne le montre le premier regard. Elle ne dit pas que la richesse est une accumulation de marchandises. Elle dit qu’elle s’annonce ainsi — et c’est dans cette première phrase qu’est déjà posée une critique que tout le livre déploie. La richesse réelle est autre chose que la somme de ce qui peut se vendre ; ce qui ne se présente pas sous cette forme sort du tableau, et ce qui s’y présente n’est pas pour autant bon. [[kapitalismus-einfuehrung:16a]] examine cela en détail.
Le point de départ n’est donc ni une définition ni une observation. Il prend une forme d’apparition et la traite pour ce qu’elle est : une forme, derrière laquelle il y a quelque chose. La marchandise, prise ainsi, contient, à y regarder de plus près, une contradiction — elle est objet d’usage et en même temps porteuse d’un rapport social.
Le déploiement de cette contradiction fait avancer l’exposé. La valeur d’échange cherche une forme autonome et la trouve dans l’argent. Dans l’argent, elle n’est d’abord qu’un point de passage : la marchandise devient argent pour acheter une autre marchandise, et le but se trouve aux deux extrémités du côté des objets d’usage. Cette forme se renverse. Dans le mouvement qui part de l’argent et revient à un argent augmenté, la marchandise n’est plus qu’un moyen. Le capital est ainsi déterminé — et du même coup une question est posée à laquelle la circulation ne peut pas répondre : d’où vient ce plus, si dans l’échange l’égal s’échange contre l’égal ?
La réponse mène hors de la circulation, dans la production, et aucun chemin n’y aurait mené si l’exposé avait commencé par des observations sur les fabriques. Il fallait d’abord montrer que la circulation ne peut pas expliquer ce plus.