Du syllogisme d'existence au syllogisme de nécessité --- Le mouvement intérieur
Ici encore, chaque degré est poussé vers le suivant par son propre manque :
Syllogismes d’existence (≈ la logique de l’être appliquée au syllogisme) : Les syllogismes qualitatifs (figures 1 à 3) reposent sur des propriétés contingentes. « La rose est rouge ; tout ce qui est rouge est beau ; donc la rose est belle » — formellement correct, mais le moyen terme « rouge » est arbitraire : on aurait tout aussi bien pu choisir « épineuse » et aboutir au contraire. Le manque : le moyen terme est trop pauvre — il saisit un trait quelconque. Le passage : il nous faut un moyen terme qui ne soit pas arbitraire, mais qui saisisse une extension entière.
Syllogismes de réflexion (≈ la logique de l’essence appliquée au syllogisme) : L’induction et l’analogie débordent le singulier. Induction : « Ce cygne est blanc, celui-là aussi… donc tous le sont. » Analogie : « La Terre a une atmosphère et la vie ; Mars a une atmosphère ; donc Mars a peut-être la vie. » Toutes deux donnent une probabilité, mais aucune certitude. Le manque de l’induction : le « syllogisme de la totalité » comporte un problème circulaire — il présuppose que nous avons observé tous les cas, mais c’est précisément ce que nous ne pouvons jamais savoir. L’induction est une mauvaise infinité du raisonnement : toujours encore un cas de plus. Le passage : il ne nous faut pas l’énumération de tous les cas, mais l’intuition de la nécessité intérieure.
Syllogismes de nécessité (≈ la logique du concept appliquée au syllogisme) : Catégorique : « L’or est un métal ; les métaux conduisent [l’électricité] ; donc l’or conduit » — le lien est essentiel, non contingent. Hypothétique : « Si la température dépasse 100 °C, alors l’eau s’évapore » — la condition impose la conséquence. Disjonctif : « Ce métal est soit de l’or, soit de l’argent, soit du cuivre… (disjonction complète). Or ce métal n’est ni de l’or, ni de l’argent… Donc c’est du cuivre. » Ici, la nécessité est contraignante, parce que toutes les alternatives sont exclues. Le syllogisme disjonctif est la forme la plus haute, parce qu’il épuise la totalité des possibilités.
Le parallèle avec l’architecture d’ensemble : les trois degrés du syllogisme répètent les trois parties de la logique : l’être (immédiat, contingent) → l’essence (réfléchie, probable) → le concept (compréhensif, nécessaire). L’escalier en spirale tourne, ici aussi.