Kommentar zum subjektiven Geist, Chapitre 32

Anthropologie und Psychologie (1840) : la suppression de la phénoménologie

Son livre s’intitule Anthropologie und Psychologie — deux parties au lieu de trois. La justification se trouve dans la préface : la résolution dialectique de la conscience commune aurait déjà été accomplie deux fois, dans l’ouvrage de 1807 et dans la Logique, qui consacre « expressément une section propre au mouvement dialectique réciproque du sujet et de l’objet ».

« Et cette résolution dialectique de la conscience commune devrait-elle maintenant se dérouler encore une fois à l’intérieur de la doctrine spéculative de l’esprit ? »[1]

Sa raison systématique : « Dans le cours de toute exposition scientifique, l’identité du sujet et de l’objet est donc toujours déjà présupposée. Même dans la philosophie de la nature, nous savons, nous qui la considérons, que l’essence objective des choses, ce sont nos pensées sur la nature. »

L’objection ne tient pas, et elle manque précisément la distinction dont il s’agit dans tout le volume. Ce que la phénoménologie accomplit n’est pas la résolution qui figure dans la Logique : là, on montre comment sujet et objet appartiennent conceptuellement l’un à l’autre ; ici, comment un vis-à-vis surgit pour une conscience et comment celle-ci s’y retrouve elle-même.

Michelet confond l’intuition de ceux qui considèrent avec l’accomplissement de ce qui est considéré — exactement ce contre quoi met en garde le « pour nous » de Hegel.

De façon révélatrice, il s’en aperçoit à moitié : il concède que c’est « la tâche de l’esprit théorique » que la conscience de l’homogénéité survienne « non pas pour nous, qui considérons, mais pour l’esprit singulier lui-même ». Il voit la distinction — et supprime néanmoins la partie qui la traite.

Le Système de la philosophie, tome 3 (1878)

L’esprit subjectif réapparaît dans le troisième tome du Système de la philosophie comme science exacte en cinq volumes — et Michelet maintient la division en deux parties. À en juger par la table des matières, il n’y a là guère de contenu qui aille au-delà de l’Anthropologie und Psychologie de 1840.

Ce qui frappe, c’est autre chose : Michelet modifie aussi par ailleurs la structure de Hegel — dans la philosophie du droit, il place l’histoire du droit là où Hegel met l’histoire universelle, et l’histoire universelle occupe chez lui les tomes quatre et cinq.

La préface nomme le front, et c’est le même que chez Schaller : « le matérialisme et l’athéisme issus de l’empirisme, qui entraînent nécessairement à leur suite le pessimisme » — un péril « dont le point culminant réside dans la méconnaissance de la nature de l’esprit ».

Et le programme de Michelet contre cela : « établir, en liant l’expérience et la dialectique, la science exacte, en saisissant l’esprit tout autant comme la plus haute floraison de la nature, que la matière comme le dernier tison de l’activité de l’esprit. »[2]

L’image est à la fois forte et périlleuse. La matière comme reste calciné de l’esprit — cela dit plus que ce que Hegel dirait, et c’est exactement le genre d’outrance contre laquelle la propre préface de Michelet, en 1876, avait mis en garde.

Et il se démarque dans les deux directions : ni « dans la logique, avec les formes desséchées de la réflexion de l’entendement discursif », ni « dans la philosophie de la nature, avec le schématisme exubérant des puissances et de la construction dans l’absolu ». Le premier refus vise la philosophie scolastique, le second Schelling.

L’impression que produisent ces remaniements peut se nommer : ils paraissent ordonnés selon l’entendement, non développés spéculativement — comme si l’on améliorait un plan, plutôt que de reparcourir un mouvement. C’est le même constat que pour la suppression de la phénoménologie : Michelet voit un doublon et l’élimine, là où Hegel fait une différence.


  1. Carl Ludwig Michelet, Anthropologie und Psychologie oder die Philosophie des subjectiven Geistes, Berlin 1840, Préface, p. V sq. ↩︎

  2. Carl Ludwig Michelet, Das System der Philosophie als exacter Wissenschaft, vol. 3 : Philosophie des Geistes, Berlin 1878, Préface, p. V sq. ↩︎