Kommentar zum subjektiven Geist, Chapitre 21

La supériorité de l’écriture alphabétique — un argument que l’on peut examiner

Les cours traitent longuement ce que l’imprimé expédie brièvement : le rapport entre langue parlée et langue écrite, avec les Chinois et les hiéroglyphes comme contre-exemples.

L’objection de Hegel n’est pas esthétique, mais structurelle :

« Il manque, en raison de son écriture hiéroglyphique, à la langue parlée chinoise, la détermination objective que gagne l’articulation par l’écriture alphabétique. »[1]

L’écriture forme la langue parlée. Qui écrit des sons doit les distinguer ; qui écrit des significations n’y est pas contraint — et la langue reste plus pauvre en articulation.

Et il en tire la conséquence pour la formation : « Apprendre à lire et à écrire une écriture alphabétique doit être tenu pour un moyen de formation infini et insuffisamment estimé, en ce qu’il conduit l’esprit du concret sensible à l’attention portée au formel. »

L’argument systématique est solide. L’écriture alphabétique est, comme le nomme Stederoth, un signe du signe : elle ne désigne pas la chose, mais le signe linguistique de la chose. Elle est ainsi plus adéquate au caractère de signe du langage — et plus flexible en pratique, car elle suit les changements de signification sans qu’il soit nécessaire de créer de nouveaux signes.

Deux réserves sont toutefois à faire.

La première concerne le langage. La conclusion de Hegel, selon laquelle l’écriture hiéroglyphique contredirait « le besoin fondamental du langage en général », ne vaut que si l’on réduit le langage à son caractère de signe — excluant par là qu’il puisse aussi s’organiser de manière imagée ou symbolique. Des moments d’imagerie se retrouvent dans toute langue ; Hegel lui-même les avait concédés à propos de l’onomatopée, avant de les dévaluer.

La seconde concerne les faits. L’écriture chinoise n’est pas ce que suppose Hegel. Environ 95 pour cent de ses caractères sont des phonogrammes déterminatifs — combinaisons d’un porteur de sens et d’un signe phonétique.[2] Elle représente donc les deux à la fois, et cela dans une même unité.

Ainsi tombe l’exemple, non l’argument. Qu’une écriture qui désigne des sons accomplisse autre chose qu’une écriture qui désigne des significations reste vrai. Que le chinois appartienne à la seconde sorte est faux — et Hegel ne pouvait pas le savoir, car la classification des types de signes n’a été connue en Europe qu’au XXe siècle.

Ce qui reste, c’est l’idée que l’écriture rejaillit sur la langue, et que l’apprentissage d’une écriture phonétique éduque à l’abstraction.

Hegel contre Leibniz : en passant, il rejette l’idée d’une écriture conceptuelle universelle pour les échanges entre savants — « Leibniz s’est laissé séduire par son entendement ». Il est remarquable que Hegel connaisse cette idée et ne la tienne pas pour utile, mais pour rétrograde : une écriture qui dépend des significations reste en deçà d’une écriture qui dépend des sons. [KF]

La mémoire mécanique est déterminée avec la même précision — et Hegel la défend contre le soupçon d’être un simple dressage : « Dans la mémoire mécanique, je me fais moi-même être, je me fais moi-même intuitionnant extérieurement […] C’est une suite de signes sans représentation. »

Ce qui se produit ici est l’extériorisation extrême : l’esprit se fait lui-même chose, dont il n’y a plus rien à se représenter. Et c’est précisément de là que l’on passe à la pensée — le cours le dit expressément : « la mémoire est un point dans la progression de l’esprit, et son importance consiste en ce qu’elle constitue le point d’où l’esprit passe à la pensée. » [KF]

La pensée (§§ 465-468) — l’intelligence reconnaît que l’universel qu’elle trouve dans l’objet est le sien propre.

Ce qui pousse le passage : dans l’intuition, le contenu est trouvé ; dans la représentation, il est devenu intérieur, mais encore comme un ceci ; dans la pensée, il est universel — et par là l’apparence du trouver est effacée.

Et la transcription d’Erdmann nomme le mouvement inverse, que l’imprimé n’a pas. L’esprit théorique n’est pas seulement appropriation :

« L’intelligence comme raison va vers le monde […] La marche de l’intelligence était jusqu’ici de poser l’immédiat, l’extérieur, comme le sien ; mais elle est tout aussi bien la direction inverse. »[3]

Et le passage à la pensée est déterminé en conséquence : « Pour que cette unité — la raison — se réalise pleinement, il faut l’autre côté : que l’intelligence se pose comme objective […] qu’elle soit, dans cette intériorité même, absolument l’opposé, l’objectif. »

Deux directions, non une seule. L’intelligence fait de l’extérieur le sien propre — et se pose elle-même comme objective. Ce n’est que la réunion des deux qui donne la raison.

Ainsi se trouve également éclairci le rôle du signe : c’est le lieu où l’intelligence se pose comme objective — elle produit quelque chose qui lui fait face et qui pourtant est sien. Ce qui apparaît dans l’imprimé comme un degré de la représentation est le point où s’engage la seconde direction. [KF]


  1. Vorlesungen über die Philosophie des subjektiven Geistes, notes de Stolzenberg, sur le § 459 (= § 454 de la deuxième édition) : GW 25.2. ↩︎

  2. Sur la classification des types de caractères chinois, Joseph Needham, d’après Stederoth, op. cit., p. 363, note. Les six types vont des pictogrammes aux phonétiques déterminatifs, qui en constituent de loin la plus grande partie. ↩︎

  3. Vorlesungen über die Philosophie des Geistes. Berlin 1827/1828, notes d’Erdmann (221,84–99). ↩︎